La feuille de Prat

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Anecdotes des anciens

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Ici c'est l'espace pour les histoires contées par nos parents et grands parents et qui concernent les anciens de Prat (ou des alentours) ;
par exemple, quelqu'un de Loumet qui était allé dire au curé en pleine messe de minuit qu'il se trompait, ce n'était pas ce qu'il fallait dire ; évidemment le monsieur en question avait déjà, m'avait-on dit, bien anticipé le réveillon....
ou alors jacquou (toujours de Loumet), qui pour "tester" de la poudre pour son fusil n'avait rien trouvé de mieux que d'y mettre le feu et de rester au dessus ; défiguré, il avait retrouvé sa femme qui, en patois, l'avait vertement sermoné...

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Ce jour on m'a raconté une anecdote concernant les anciens ;
Jacquou, à Loumet, adorait raconter des histoires aux enfants de prat ; ce jour là, il leur a dit, en patois : " venez, mettez vous tous en rang, je vais vous raconter l'histoire du moulin, du hibou et du martin pêcheur : les vieux de prat communal ont décidé de construire un moulin, tous ensemble ; ils ont choisi l'endroit "à l'abaychadou" (cad en contrebas de la rivière), ils ont rassemblé des planches, ils se sont mis à la construction, tout se passait bien ; tout le monde était content, Prat communal allait avoir un moulin ; et puis un soir où il y a eu un gros coup de vent, une grosse tempête, qui a tout emporté rapidement ; les habitants de Prat étaient tous consternés ; et puis ils ont vu arriver un hibou et un martin pêcheur ; depuis ce soir là, le hibou demande toujours "où... où..." et le martin pêcheur monte et descend le long de la rivière pour voir s'il peut retrouver des morceaux du moulin".
Evidemment les mots de Jacquou n'étaient peut-être pas les mêmes et il devait y avoir les gestes et les mimiques associées ; mais l'espace d'un instant, quand on me l'a raconté, j'ai vu tout ce petit monde assis, buvant les paroles de celui qui savait, sans douter et en s'émerveillant.
J'espère que pour vous aussi, l'espace d'un instant, ça a marché...

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Je viens à peine de remarquer cette histoire de Jacquou que je connaissais parce que je la lui avais entendue raconter maintes fois. En fait il s'agissait d'un barrage que le hibou (le gamarus) et le martin-pêcheur (le mot patois m'échappe maintenant) avaient construit. L'orage l'ayant emporté, tous les deux cherchent le barrage, le martin-pêcheur de jour et le hibou de nuit. A ce jour ils cherchent encore et on peut les entendre crier "Aïle trouvat, aïle trouvat" "Nou.;; Nou...;". Evidemment raconté par Jacquou, c'était une histoire savoureuse, surtout qu'il était un acteur né. Que de talents il y avait là-haut qui n'avaient pas eu la chance de percer, parce que nés au mauvais endroit ou trop pauvres...

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il reste encore des conteurs (cf l'autre sujet du forum) mais ce sont les veillées qui ont disparu...

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Je viens enfinde me souvenir de tous les détails de l'histoire de Jacquou. Le gamarus et le merlinguè avaient construit une usine, et non pas un barrage. J'entend encore Jacquou qui insistait sur le i de usiiiiina. Et lorsqu'ils la cherchent ils disent "aïla troubada, aïla troubada?" "Noooo,, Noooo" hélène

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Je ne peux résister à vous raconter l'histoire précédente en patois (pardon en occitan) bien que je ne sache pas trop l'écrire. Voici ce que Jacquou racontait:
"Un maiti, a l'alba, le gamarus el merlinguè ques crusegen. Aco ques pasèc al pount de l'abaïchadou. Le gamarus que sen anaba al lleit el merlinguè queis llebaba. Jaï mesfisaban lagun de l'autre,pardi, couma naion pas lai memas habitudas,me que rasouneguen quan mema. Cada maïti ques crusaban et peis un joun, queis gaiteguen l'aigua que deballaba de la Gria et que decidegen de basti une usina su l'riou. Le gamarus que treballaro la neit, couma les gamaruses si besen la neït el merlengue que treballaro le joun. Ja sen biguen me que bastiguen l'usina . Majena, queran mes que de fieri.
Peis, una neït, que fec une gros ourage et que llou s'empourtet l'usina. E alabets, "oun es pasada l'usina?"
"E quanan debini? " "La nous cal trouba".Jeran enferounidi, pardi et que decidegen quel gamarus que cercaro l'usina la neït el merlengue le joun. Me que nou l'an encara troubada ques praco quon betz le merlengue que rasa l'aiga quan vola et que ditz"Aïla troubada? Aïla troubada?" el gamarus que respon la neït "NOOO! Nooo". E que cercan touchoun.

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Si je savais comment faire, je t'enregistrerai et mettrais le lien pour t'entendre raconter l'histoire.

C'est chouette de lire le "majena" ! on l'a tellement entendu à prat, ponctuer les phrases ; mais pour autant c'est une expression que j'avais oubliée...
Si certains veulent la traduction littérale de ce qu'Hélène a écrit, je peux m'en charger ; l'histoire en patois est plus fidèle à la réalité que ce que j'avais retraduit en haut.
Pour l'instant, je laisse la magie opérer et que chacun déchiffre le patois....

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J'ai bien aimé l'histoire. Je peux en proposer une traduction...juste pour voir si j'ai bien compris! Mais je ne trouve pas d'équivalent pour traduire Gamarus et Merlinguè qui me semblent être des oiseaux, mais je ne vois pas bien lesquels puisque la chouette et le hibou n'ont pas la même traduction. J'ai un peu de souci avec la phonétique car je ne connais que l'occitan "scolaire" et je débute!
Marie-Christine T.

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Le gamarus est le hibou et le merlinguè le martin-pêcheur. Puis-je savoir exactement qui vous êtes? Je suis intriguée par le fait que vous dîtes apprendre l'occitan car l'une de mes amies est prof d'occitan et je devrais lui envoyer cette histoire. Mon occitan n'a rien de scolaire car je suis née avec. C'est la première langue que j'ai parlée. Pour moi, c'est la plus belle des langues et aussi la plus imagée...
Pour Isabelle, "magena" était l'un des termes que Jacquou utilisait le plus pour ponctuer ce qu'il disait avec "pardi" "enferounitz" aussi. Je le revois et je l'entend car bien sûr à l'écrit, il manque les pauses et l'intonation. Pour moi, c'est beaucoup d'émotion. J'ai aussi l'histoire enregistrée et racontée par son véritable auteur, Jacquou. Il faut que je retrouve la cassette.

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oui, oui, recherche la cassette, ça vaut son pesant d'or.
Moi j'ai du mal à trouver la traduction en français de "enferounit" tellement ça me parle en patois ; en dehors de "acharné" je ne trouve pas, et ce n'est pas exactement ça.

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C'est vrai qu'il est difficile de traduire "enferounit" avec un seul terme. çà veut dire "très affairé" et en même temps aussi "affolé, paniqué". Ici, ils paniquaient parce que l'usine avait disparu et ils ne savaient d'où donner de la tête, ni par où commencer à chercher.

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Pour vous répondre Hélène, j'apprends l'occitan à Saurat avec Camilha. Elle donne des cours tous les mardi soirs à la Maïsou d'Amount. J'habite au Souleilhan en face de Montjouy, à Pradarigoul.
Mon père était Catalan de Barcelone, aussi je comprends beaucoup de choses car ces deux langues sont très proches. Mais j'apprends avec l'orthographe officielle et les textes parlés sont beaucoup plus approximatifs.
Pour moi le martin-pêcheur est le garda-ou encore martin pescaire. Et le hibou se dénomme chòt comme la chouette d'ailleurs. Et merci de m'avoir appris d'autres mots. Enfin la même racine que "enferonit" c'est le verbe enferonir, rendre furieux. Donc ici il s'agit plutôt de "tracassé," on dirait maintenant "stressé".

Alors, si vous voulez ma traduction, maintenant qu'Isabelle m'a corrigée ces quelques mots et quelques autre..., la voici :

"Un matin à l’aube le hibou et le martin-pêcheur se croisaient, alors qu’ils passaient sur le pont de l’Abaïchadou, le hibou qui s’en allait au lit et le Martin-pêcheur qui se levait. C’est qu’il se méfiaient l’un de l’autre, pardi ! Comme ils n’avaient pas les mêmes habitudes, mais ils conversaient quand même, Chaque matin ils se croisaient, et puis un jour, alors qu’il regardaient l’eau qui dévalait de la Gria, ils décidèrent de bâtir une usine sur la rivière ; le hibou qui travaillait la nuit (comme les hiboux qui voient la nuit) et le Martin-pêcheur qui travaille le jour. Sans plus tarder ils se mettent à construire l’usine. Imagine !, ils étaient plus que fiers ! Et puis une nuit, il y eut un gros orage qui emporta l’usine.
- Mais enfin ! Où est passée l’usine ?
- -Et qu’allons-nous devenir ? Il nous faut la trouver ! Ils étaient furieux pardi, et ils décidèrent que le hibou chercherait l’usine la nuit et le Martin pêcheur, le jour.
- Mais ils ne l’ont pas encore trouvée car on voit toujours le martin-pêcheur qui rase l’eau quand il vole et qui dit : « l’ai-je trouvée ? l’ai-je trouvée ?
- Et le Hibou qui répond la nuit « NOOON, NOON ! Et ils cherchent toujours !
Marie-Christine T.

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La traduction que vous avez faite reflète bien l'histoire. Le terme chot pour chouette n'est pas un terme utilisé ici. D'ailleurs je ne l'avais jamais entendu auparavant. Pour nous, c'est "gamarus". Pour nous aussi, "enferonir" n'est pas utilisé ds le sens de "rendre furieux " mais dans le sens que j'ai donné plus haut.
Je ne connais pas Camilla. Mais mon amie qui est prof d'occitan au lycée m'a toujours dit (parce que je lui disais que j'avais des complexes à parler occitan avec elle car notre occitan était parfois différent) que la langue variait selon les régions, mais que chaque façon de la parler était aussi valable que les autres. On ne peut donc pas dire que l'occitan de certains est approximatif alors qu'il n'y en aurait qu'un d'authentique. Et par conséquent selon l'Education Nationale, il n'y a donc pas d'orthographe officielle ni d'occitan officiel, mais plusieurs. ( La forme qui a été choisie par académie l'a été pour pouvoir harmoniser les examens, tout simplement.)
Cela semblerait confirmé par le fait qu'il y a trois ans j'ai participé à la confection d'un DVD en langue occitane, destiné aux établissements scolaires , pour la préservation de cette langue. Ce DVD a été fait à l'initiative de la Région Midi-Pyrénées et les gens interwievés ont l'occitan comme langue natale (nous ne sommes plus beaucoup dans ce cas...). Comme je me disais génée par le fait que mon occitan n'était pas le même que celui parlé ds le Tarn par exemple, (puisque la personne conduisant les interviews en occitan est du Tarn) ou tout simplement que celui parlé de l'autre côté du Col de Port, on m' a répondu que c'était justement pour "immortaliser" ces particularités que ce DVD était fait. De même que l'occitan que je parlais était très intéressant car il est à cheval entre celui parlé de l'autre côté du Col et celui parlé dans la plaine. C'est ainsi que par exemple à Prat on dit "maïsou" pour maison (c'est aussi le terme utilisé à Massat) alors qu'à Foix on dit "oustal". A Prat on dit "truffas" pour pommes de terre, plus bas dans la vallée, comme à Foix, on dit "patanos".
La raison pour laquelle il y a tant de variations vient du fait qu'après la Croisade contre les Albigerois (au XII° siècle il me semble), il a été interdit de parler occitan mais c'est le français qui s'est imposé. Je me souviens que lorsque j'étais élève au Lycée il était encore interdit de s'exprimer en occitan. Cependant cette langue continuait à être parlée dans les chaumières, mais comme elle n'était plus la langue officielle de communication entre les différents villages ou régions elle s'est déformée quelque peu si bien qu'il n'y a plus eu que des patois locaux. Peut-être que l'occitan d'origine parlé par tous les gens du Sud de la France jusqu'en Italie est celui de la Chanson de la Croisade. Je possède ce livre en édition bilingue et je dois dire que j'ai du mal avec cet occitan , si éloigné des variations que nous connaissons aujourd'hui y compris de celui enseigné dans les lycées. Heureusement qu'il y a la traduction.
Je vais essayer de me procurer ce DVD qui n'est pas en vente libre, mais puisque j'ai participé à son élaboration, il me semble que je devrais avoir droit à en acheter un exemplaire. Si j'y parviens, je vous le prêterai, car il témoigne de ce que je viens de vous dire.
C'est vrai qu'il y a des similarités entre l'occitan et le catalan, sans doute à cause des racines latines.
Merci en tous les cas pour cette traduction.

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Merci Hélène pour toutes ces précisions. En effet, je suis très étourdie et ne n'ai pas tout corrigé dans ma traduction. Je suis tout à fait d'accord qu'il faille conserver les particularités de chaque territoire. C'est important, et notre professeur nous signale toujours les différentes possibilités dont elle a connaissance. Je suis d'autant plus attachée à cette liberté de l'oral que j'ai appris la langue des signes dans le cadre de mon travail ( j'ai beaucoup rencontré des personnes sourdes). M^me si la langue possède une même structure, il y a des vocabulaire différentes, même d'une école à l'autre dans la Région parisienne, qui vient du fait que les sourds sont restés longtemps très isolés et leur langue interdite.En ce qui concerne l'occitan, je pense qu'il s'agit d'une même langue qui s'étend de l'océan atlantique à la mer méditerranée avec des variations régionales progressives au niveau du vocabulaire, de la prononciation et des l'écrits y en a. Ainsi le provençal et...le patois charentais (ma mère adoptive était de Rochefort).. Tout ceci est très passionnant et je m'arrête car je suis trop bavarde! Merci encore et j'attends de vos nouvelles!
Marie-Christine T.

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Il est très agréable que quelqu'un participe et s'intéresse enfin à ce qui se dit sur le blog qu'Isabelle s'est donnée la peine de créer....
J'ai une carte qui indique que l'Occitanie s'étendait d'une ligne qui joignait Bordeaux à Briançon en passant par Limoges et Montluçon et puis au-delà en Italie. Mais je crois en fait que c'était plus haut, ce qui expliquerait pourquoi votre mère le parlait à Rochefort. J'ai une fois visité la région des Lacs en Italie et j'étais surprise de comprendre ce qui se disait, en particulier le nom des arbres et des plantes lors de la visite d'un parc. J'ai dit "mais c'est de l'occitan". Et c'est là que j'ai appris que l'Occitanie s'étendait jusque-là et que c 'est aussi la raison pour laquelle Dante avait au début décidé d'écrire "La Divine Comédie " en occitan.
Ce que vous dîtes au sujet des sourds étant restés longtemps isolés à cause de leur surdité et donc leur "vocabulaire" différent, illustre parfaitement le fait que l'occitan ait aussi évolué différemment selon les régions justement car l'interdiction qui avait été faite de le parler avait contribué à sa diversification.
J'espère que nous aurons l'occasion de nous rencontrer afin de bavarder plus longuement de vive voix.

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