La feuille de Prat

La feuille de Prat

Les anciens de Prat et la neige

Article écrit par Hélène : 

 

              “  Nous trouvons que l’hiver dernier et celui qui s’est annoncé en novembre dernier ont été rigoureux et la quantité de neige très importante. C’est  pourtant oublier ou pour les plus jeunes ignorer qu’autrefois les saisons étaient tranchées et les hivers très rigoureux, avec de vastes quantités de neige. Lorsque j’étais enfant, je me souviens que nous sortions de la maison par les fenêtres du premier étage! Et au temps où mes parents étaient jeunes, ceux qui habitaient loin (Estables, ou Esclots par exemple ) se rendaient à l’école en ski...
               Autrefois aussi, malgré l’abondance de la neige, le Col de Port était toujours ouvert. C’était une nécessité car il était le passage obligé pour les gens de Massat se rendant travailler de notre côté de la vallée. Il y avait par exemple les forains se rendant au marché et ceux qui ont mon âge ou un petit peu plus se souviennent d’une de nos institutrices, Madame Massat, qui habitait Massat et n’avait jamais manqué la classe pour cause de fermeture du Col de Port. C’était tout simplement impensable et pour Urbain, mon père qui conduisait le chasse neige, il s’agissait d’une question de fierté avec laquelle on ne badinait pas.
              Les photos en blanc et noir et qui ont été prises avant la guerre (la seconde, bien sûr...) montrent que en effet tout était mis en oeuvre  pour dégager ce col. Comme le chasse neige d’alors n’était pas assez puissant pour dégager les énormes congères qui se formaient sur le Col,  il était fait appel aux habitants  mâles de Prat volontaires pour prêter main forte, en échange d’un petit pécule payé par les Ponts et Chaussées. C ‘était l’époque où il y avait encore beaucoup de monde, où la solidarité existait. Je pense que tous les hommes valides avaient participé, à un moment ou à un autre, et quelque chose me dit qu’ils devaient même y avoir pris plaisir car c’étaient des moments de grande camaraderie, du moins je l’imagine, malgré la dureté de la tâche... Parfois aussi, le chasse neige  responsable du secteur de Massat venait prêter main forte à celui de notre vallée, comme on le remarque sur l’une de ces photos, sur laquelle on voit Albert de Stables, à droite, prendre la pose...  et Urbain sort la tête par la fenêtre ;  vice versa, car en temps normal, notre chasse neige pouvait aller déneiger jusqu’à Massat,  ce qui se produisait souvent, le Col de Port n’étant pas une frontière.
             Après la guerre, le vieux chasse neige a été remplacé par un autre plus puissant qui arrivait, lui, à franchir les congères (donc, il n’y a plus eu besoin de faire appel aux hommes de la vallée).
  Mais à quel prix!!! Je me souviens qu’Urbain partait de la maison à quatre heures du matin, montait à pied à Usclades où se trouvait le garage du chasse neige et la plupart du temps ne rentrait pas à la maison avant minuit (à pied d’Usclades).. .. Il lui arrivait de prendre  à bord de son engin  (plus tard dans la journée!) des jeunes de Prat, ( ils n’ont pas oublié) et nombreux je pense ont été ceux qui pour un temps du moins, ont rêvé de devenir conducteurs de chasse neige... Il avait accepté à quelques reprises que je l’accompagne et je n’oublierai jamais la fois où la hauteur de la neige était telle que l’on ne voyait pas les piquets (3 mètres de haut) qui auraient dû marquer les bords de la route mais qui étaient enfouis. Urbain, avec le calme qui le caractérisait, avait tout de même suivi la route sans jamais dévier, ni aller dans le ravin,  tellement il la connaissait par coeur et en avait l’habitude...  Je crois qu’à la longue, il s’était fait une amie de la neige, cette ennemie qui lui donnait tant de fil à retordre, mais que je crois il avait appris à aimer.
            Plus récemment, l’apparition de la turbine avait rendu le déneigement en période de fortes neiges, plus rapide et plus efficace. La photo en couleur représente la turbine et Urbain au Col de Port. Vous remarquerez que l’on ne voit pas le chalet situé à gauche mais qui est complètement enfoui sous la neige ni les piquets jalonnant la route (donc il y avait plus de trois mètres de neige...)
             Pour terminer, Je ne peux résister à  partager avec vous l’un de mes plus précieux souvenirs de ces hivers où la neige était si abondante et le froid si vif qu’il n’était pas en reste. En effet, presque tous les  soirs mon père ramenait des oiseaux qu’il avait trouvés à demi morts de froid dans la neige. Il les mettait dans les grandes poches de sa canadienne, qu’il avait garnies de coton à cet usage et avant même de manger, il demandait à ma mère, en patois, si la boîte était prête. Cette boîte était une boîte à chaussures dans laquelle ma mère avait mis du duvet  dans lequel ils enveloppaient les pauvres petits rescapés après leur avoir fait ingurgiter un peu de vin chaud ou du lait chaud. Puis ils laissaient la boîte sur la plaque de la cheminée, en espérant que la tiédeur de l’âtre les requinquerait. Heureusement, c’était souvent le cas pour ceux qui avaient eu la chance de se trouver sur le chemin d’Urbain. Et moi, émerveillée,  j’essayais de ne pas m’endormir car je voulais savoir ce qu’il avait ramené comme oiseaux... et surtout espérer qu’ils survivraient. Ce souvenir est l’un des souvenirs de mon enfance qui m’a le plus influencée".
 


10/12/2013
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