La feuille de Prat

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Les anciens et la fête du cochon

En janvier démarrait la "tournée" des fêtes du cochon ; dans la plupart des familles, hommes et femmes avaient chacun leur rôle : les hommes aidaient à tenir le cochon pour le tuer, ensuite le "peler" c'est à dire le raser ; les femmes aidaient à laver les boyaux, à hacher la viande, la mélanger et l'assaisonner, puis faire le boudin, les saucisses et les saucissons. 

Et puis il y avait les hommes un peu plus "spécialistes" qui tournaient dans les familles pour faire des tâches particulières : Eugène, le frère d'Ernest, comme Lucien Pagés étaient ceux qui tuaient le cochon ; en fonction de chez qui on allait, c'était l'un ou l'autre qui s'acquittait de la tâche ; Eugène savait aussi découper ensuite la viande ; chez nous c'était toujours lui qui tuait le cochon et qui découpait la viande, du moins les années dont je me souviens. 

 

Tout ça peut paraître barbare pour nous maintenant, et notamment pour ceux qui n'y ont jamais assisté ; mais c'était une vraie fête pour tout le monde ; le cochon était acheté jeune et c'était ensuite tout un travail de l'élever, le nourrir, pour qu'il soit le plus gros possible car c'était ainsi qu'on savait qu'on allait avoir de quoi se nourrir toute l'année, mais aussi faire des cadeaux.

A la maison, les cochons atteignaient souvent les 200 Kg ; ma mère le nourrissaient avec bien sûr des restes mais aussi tout un tas de préparations qui cuisaient dans la chaudière installée à côté du lavoir (rien à voir avec les chaudières des temps modernes, c'était un grand récipient avec un compartiment en dessous dans lequel on activait le feu, qui chauffait ensuite et permettait de cuire des choses en trés grande quantité ; il y en a une en exposition aux Forges de Pyréène) ; on finissait à s'habituer chaque année à cet animal, et parfois, je pense que ma mère avait un petit pincement au coeur le jour où on devait le tuer ; mais c'était moins pire que l'année où le cochon est mort de maladie car là non seulement il était mort, mais en plus ça voulait dire que cette année là il faudrait acheter toute la viande et que donc tout le travail fait était réduit à néant. 

 

Avant le jour J, il y avait grandes préparations de cuisine car tout ce monde était bien sûr invité à manger à midi ; ma mère faisait notamment une mousse au chocolat dont je ne retrouverai jamais ni le goût ni la consistance et des abricots secs trempés dans un jus avec des pruneaux (c'est pour moi le dessert du cochon! ) ; souvent je me demande comment elle faisait car dans la pièce unique qui nous servait de pièce à vivre rentraient 15 à 16 personnes et il fallait en même temps cuisiner, servir, repartir vite pour s'occuper des choses à faire pour pouvoir faire le boudin le soir même ; donc dans l'après-midi, les femmes allaient nettoyer les boyaux, toujours dans l'eau glacée du lavoir, puis coupaient tous les légumes et la viande pour le boudin) qui avaient mijoté dans le chaudron toute l'après midi (grosses carottes notamment, cuites avec un oignon dans lequel on plantait des clous de girofle pour donner du goût à la viande) ; puis on faisait les ronds de boudin ; et le soir les hommes rejoignaient les femmes, d'autres venaient tout simplement pour manger et faire la veillée ;

et on refaisait un repas, avec les carottes cuites dans l'eau, pommes de terre, et souvent viande du cochon ou du moins la langue (quand je l'écris je me dis que je vais en effrayer plus d'un peut-être, mais je vous assure que tout ça était réellement trés bon) ; aprés le repas du soir, on faisait cuire le boudin toujours dans le même chaudron qui était maintenu chaud au dessus du feu de cheminée ; et on racontait des histoires, la vraie veillée autour du feu..avec Charles, Albert, Denis, Eugène,... 

La tradition voulait qu'on donne, le lendemain, un pli de boudin à chaque famille qui avait participé ; je ralais intérieurement car je trouvais que notre boudin était bien meilleur que tous les autres et malheureusement il en restait toujours peu, compensé par celui qu'on recevait des autres, mais que j'aimais moins...

Le deuxième jour, c'était le jour des saucissons et de la saucisse ; là les hommes ne venaient pas du tout, c'était uniquement les femmes ; à la maison, c'était toujours Augustine de Tistasse et Francine de Fraymène qui venaient ; avec ma mère, elles coupaient la viande, la mettaient dans la "meït" (auge en bois) et l'assaisonnaient ; puis on faisait les saucisses et les saucissons ; et ma mère les cousait à la fin, notamment le plus gros qu'on appelait le "marit" (prononcer le T à la fin), fait dans la vessie. 

Le soir le mari d'Augustine, Denis, revenait pour manger et on refaisait une petite veillée. 

Le troisième jour, personne ne venait en principe pour aider car le plus gros du travail était fait ; mon père et ma mère mettaient les jambons et l'assaisonnement dans les sacs ; puis on allait les porter à la maison de Stables (occupée aujourd'hui par Aurélie et Jean Luc) car elle était trés fraîche (inhabitée depuis des années) et permettait de conserver saucisses, saucissons et jambons toute la saison ; astuce pour ne pas que les souris viennent manger ces précieuses victuailles : mon père faisait passer les cordes qui permettaient de suspendre les supports dans des bouteilles en verre ; ensuite tout était pendu du plafond ; du coup aucune prise pour les souris qui quand elles arrivaient sur la bouteille glissaient tout simplement et ne pouvaient jamais atteindre la viande posée sur les supports en bois. 

Chez nous on ne mettait pas les saucissons dans la cendre, mais je sais que dans d'autres familles c'était le cas ; idem pour les pâtés, nous n'en faisions pas mais d'autres en faisaient .

Et ensuite, vers le début de l'été, fin mai début juin, saucisses, saucissons et jambons étaient secs et on pouvait commencer à en manger, et à en offrir pour faire plaisir à des gens qui venaient en vacances et qui n'avaient pas l'occasion de manger ce qu'on appellerait aujourd'hui du vrai bio et qui à l'époque était tout simplement préparé très naturellement. 

 

Que de souvenirs qui remontent en écrivant tout ça ...je suis heureuse d'avoir connu des choses comme ça car une fois de plus, en l'écrivant comme en le revivant dans ma tête, je me dis qu'il y avait un bel esprit d'entraide, de solidarité, même si parfois il y avait des disputes, comme dans tout village. 

 

Voilà, j'espère avoir fait remonter à certains des souvenirs, aux autres fait découvrir dans le détail comment ça se passait vraiment. 

Je rajoute quelques photos (via le lien ci dessous), qui sont des photos de cette fête chez Suzette, Urbain et Hélène. C'était Lucien Pagés qui tuait le cochon ; ensuite en partant vers la droite, Urbain, Roger de Loumet, Edouard, Albert de Stables, Eugène , Alain Gély qui assiste avec Aline Sans et Colette, Denis (Sauratois), Léontine ; et enfin Suzette qui tourne le sang au fur et à mesure qu'il coule, pour ne pas qu'il "caille" (je l'ai fait! comme quoi, vu de l'extérieur ça peut paraitre barbare, vu de plus prés, qu'est ce que j'ai été fière le jour où ma mère qui le faisait habituellement chez nous m'a laissé sa place ; j'avais dans les 20 ans et étais donc à l'époque étudiante à toulouse en fac de droit.... deux mondes qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre et je n'imagine même pas ce qu'on aurait pû penser de moi si j'avais raconté ça à mes copains de fac.....)

LIEN VERS ALBUM FETE DU COCHON

 

Et ci dessous vous trouverez donc le cru 2014 : 

LIEN VERS ALBUM COCHON XAVIER

 

 

Avec le complément comme il se doit,  l'étape charcuterie version 2014 : 

CHARCUTERIE CHEZ XAVIER



18/01/2014
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